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“Werther” où le triomphe de la musique et du romantisme

Hélène Kuttner 20 janvier 2026
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"Werther" © Jean-Louis Fernandez

A l’Opéra-Comique, le chef d’orchestre Raphaël Pichon dirige l’opéra de Massenet avec son ensemble Pygmalion et dans le rôle titre le ténor samoan Pene Pati, éblouissant. Dans une mise en scène sobre de Ted Huffman, ce drame de l’amour malheureux se revêt d’une pureté et d’une force admirables, alors que la musique enchanteresse de Massenet déploie ses splendeurs. 

“Mon rêve de musique : la vérité”

© Jean-Louis Fernandez

Créé à Vienne le 16 février 1892, ce drame en quatre actes et cinq tableaux, qui n’eut pas le succès escompté en raison du scandale moral provoqué par le suicide du héros, traversa le coeur du compositeur Jules Massenet à la manière d’une déchirure émotionnelle. « Je caresse particulièrement ce drame parce que j’ai réalisé en lui ce qui a toujours été mon rêve en musique : la vérité » écrivait-il au sujet de son œuvre. Inspiré des Souffrances du jeune Werther de Goethe, il en modifie quelque peu la romance en faisant de Charlotte une vraie amoureuse qui rejoint son amant Werther dans un bain de larmes et de sang lors de la dernière scène. L’histoire de cette quête absolue, de ce bonheur impossible, puisque Charlotte est mariée, le chef Raphaël Pichon choisit de la faire vibrer avec la justesse et la rugosité des instruments d’époque. Pas de violons sirupeux, point de grands mouvements en brasse mélodique coulée dans le sucre : son orchestration, éclatante dès le prélude, qui nous fait monter au ciel, épouse de manière intime la nervosité, le contraste, l’instabilité et la tension psychologique qui électrisent les émotions et les relations entre les personnages à la manière d’une dissection quasi clinique.

Désir et désespoir

© Jean-Louis Fernandez

Il faut dire que le ténor Pene Pati incarne le personnage de Werther avec une aisance où l’intimité le dispute la chaleur vocale, déployant des couleurs inédites dans ce personnage radieux et désespéré, avec un charisme et une simplicité qui séduisent le public dès sa première apparition. D’une puissance vocale naturelle, son timbre se moire de nuances les plus diverses lorsqu’il chante pianissimo, capable ensuite d’exploser en un feu d’artifices qui projette les aigus, rivalisant avec les cuivres sonores de l’orchestre qui poursuit vaillamment sa route. Il est ce passionné heureux d’aimer, d’un idéalisme solaire, qui va respecter malgré lui l’union de Charlotte avec Albert, admirant la manière maternelle dont la jeune femme encadre sa fratrie depuis la mort de leur mère. Adèle Charvet reprend le rôle de Charlotte qu’elle avait chantée il y a un an à Genève, se glissant suavement et très sobrement dans ce personnage de jeune femme à la sagesse exemplaire, avec une ligne de chant retenue et une émotion qui déploie véritablement son intensité à l’acte III avec le beau et déchirant « Va ! Laisse couler mes larmes ». Sa petite soeur Sophie est incarnée avec brio par la jeune soprano Julie Roset qui fait vibrer ce personnage avec ses aigus célestes. 

Le naturel d’une mise en scène dépouillée

© Jean-Louis Fernandez

Le reste de la distribution est à la hauteur de l’exigence musicale, avec John Chest dans le rôle du mari Albert, Christian Immler dans celui de l’autoritaire Bailli, Jean-Christophe Lanièce et Carl Ghazarossian jouant les compères Johann et Schmidt. Toute cette petite société, avec les enfants solistes de la Maîtrise populaire de l’Opéra-Comique, évolue dans un décor unique, mur noirs qui laissent à mi-hauteur s’échapper la cage de scène, table et chaises pour les repas, orgue pour l’église le dimanche matin. La lumière intense de Bertrand Courderc inonde le plateau, comme pour accentuer le contraste entre l’intensité secrète des sentiments et la franchise d’une vérité qui se dévoile. D’ailleurs, la salle elle-même reste éclairée, comme si nous devions rester les témoins du drame. Il n’est pas certain que l’extrême sobriété d’un décor unique, cette lumière appuyée et les costumes à l’élégance empesée fassent le jeu d’une intensification de l’émotion. Mais le chant et la musique emportent tout, et le public conquis fait une ovation aux interprètes.

Hélène Kuttner

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